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Comment j’ai inventé le Datagramme

La transmission de données par paquets date des années 60, époque de la téléinformatique, sauf qu’alors on parlait de "blocs" et non de paquets. Il n’y avait que des réseaux privés utilisés par une seule société, car le partage d’un circuit téléphonique entre plusieurs sociétés était interdit par les PTT. L’infrastructure de communication était arborescente, à base de circuits loués ou commutés, et la gestion était centralisée.

Les années 70 ont vu l’essor de grands réseaux privés d’entreprises interconnectant un certain nombre d’ordinateurs. Les procédures de transmission étaient propriétaires, mais les premières normes ISO (HDLC) ont été publiées au début de la décennie. La recommandation CCITT X.25 pour les réseaux publics en mode paquet a été approuvée en 1976. TRANSPAC a été ouvert en 1978.

Parallèlement les recherches menées dans des laboratoires hors du milieu télécom avaient introduit de nouveaux concepts de réseaux : théorie mathématique (UCLA, Leonard Kleinrock, 1963) maillage et routage dynamique (Rand, Paul Baran, 1964), transmission de "paquets" et contrôle de congestion du réseau (NPL, Donald Davies, 1967), protocoles inter-ordinateurs (ARPANET, 1970). En fait certains de ces concepts avaient été créés de manière ad hoc dans des réseaux commerciaux (1970-72) : RETD (Espagne), SITA (compagnies aériennes), TYMNET (temps partagé). ARPANET était le seul réseau de recherche opérationnel en 1972. Le réseau de transmission émulait des circuits virtuels mais transmettait en interne des paquets indépendants selon les principes proposés par Paul Baran.

En 1972 tous les réseaux de données traversant le domaine public étaient conçus pour utiliser des "connexions" virtuelles permanentes ou temporaires entre deux points. Le terme "circuit virtuel" était couramment appliqué à ce type d’association entre émetteurs et récepteurs, indépendamment de la technologie de réalisation. Sauf dans ARPANET le trajet des paquets dans le réseau de transmission était fixe ou précalculé dans un centre de gestion.

CYCLADES, projet lancé par la Délégation à l’informatique fin 1971, avait pour objectif de créer une technologie de réseau d’ordinateurs hétérogènes que la toute nouvelle CII pourrait hériter pour acquérir une position de leader dans le tout nouveau consortium UNIDATA.

Ayant étudié les travaux antérieurs (ARPANET, NPL, RCP au CNET), j’ai privilégié les choix suivants : - simplicité de conception, - économie de réalisation, - fiabilité de fonctionnement pour les utilisateurs, - innovations réalistes.

L’une de ces innovations a été le choix d’un réseau de transmission de paquets strictement indépendants sans aucun mécanisme de "connexion" ni de garantie de livraison. Un protocole de communication inter-ordinateurs se chargeait de détecter et corriger les erreurs de transmission dues aux réseaux ou à leurs interfaces d’accès. Comme chacun sait, ce choix était anathème dans l’intelligentsia PTT. On connait la suite.

Le terme "datagramme" a été inventé ultérieurement par un ingénieur des PTT norvégiennes, Halvor Bothner-By, qui à l’époque était au CCITT président du groupe spécial rapporteur sur les réseaux de données en mode paquet. La recommandation X.25 est issue de ce groupe.

À l’ISO, dans le cadre des normes OSI, le mode "datagramme" a été baptisé "sans connexion". Un datagramme est un paquet de données transmis en mode sans connexion. Le protocole de transport inter-ordinateurs est TP4.

Je ne connais pas d’antécédent du datagramme, ni en description ni en réalisation.

Pour cette contribution voir les prix suivants :

- ACM SIGCOMM 1997

- IEEE Internet 2001